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Nigeria : le carburant moins cher avant les présidentielles

À trois mois des élections générales de janvier 2027, le gouvernement nigérian tente d’alléger le coût de l’essence, qui pèse sur le budget des ménages. Jeudi 8 octobre 2026, le ministre des Finances, Taiwo Oyedele, a présenté à Abuja une série de dix mesures, dont une réduction temporaire du prix du carburant dans les stations de la compagnie publique NNPC. Le pouvoir l’assure : il ne s’agit pas d’un retour à la subvention. Mais derrière le mot « baisse », la réalité est plus nuancée.

Pourquoi l’essence coûte-t-elle si cher ?

Selon le ministre, le litre d’essence est passé d’environ 830 nairas avant le conflit au Moyen-Orient, à environ 1 400 nairas aujourd’hui en moyenne. Cette flambée suit la hausse des cours mondiaux du pétrole. Le Nigeria est pourtant un grand producteur de brut, mais il paie son carburant au prix du marché depuis que le président Bola Tinubu a supprimé la subvention sur l’essence le jour de son investiture, le 29 mai 2023. Depuis, le prix à la pompe suit le cours du pétrole et le taux de change du naira.

La raffinerie Dangote, la plus grande d’Afrique, a pourtant fait baisser les prix à plusieurs reprises depuis 2024 grâce à la concurrence avec la NNPC. Mais la tension internationale a repris le dessus. Le 8 octobre, la NNPC affichait encore 1 355 nairas le litre à Lagos, soit environ un dollar.

Cette hausse touche directement la vie quotidienne : les tarifs de transport ont augmenté, tout comme le prix de la nourriture et de nombreux produits.

Lire aussi : penurie de carburant au mali a cause des dihadiste

Ce que le gouvernement a annoncé

Parmi les dix mesures présentées, quelques-unes retiennent l’attention :

  • Une remise de 30 jours sur l’essence vendue dans les stations NNPC. Le carburant y sera vendu « à prix coûtant », c’est-à-dire sans la marge habituelle, avec une priorité accordée aux transporteurs publics (bus, minibus). La durée pourra être prolongée, mais le montant exact de la remise et les conditions d’accès n’ont pas été précisés.
  • Un plafond d’environ 1 350 nairas le litre, actuellement en négociation. Attention : plusieurs médias nigérians précisent qu’il porte sur le coût de livraison du produit sortant du dépôt, et non sur le prix final payé à la pompe. Les raffineurs et importateurs absorberaient les hausses temporaires, puis récupéreraient leurs pertes quand les prix redescendent. Le plafond serait revu chaque mois.
  • Une taxe sur les profits excessifs, que l’État envisage d’appliquer aux acteurs du secteur qui profiteraient de la crise. Les sommes serviraient à financer des aides au transport et des bons carburant pour des travailleurs urbains à faibles revenus.
  • Des ventes anticipées de pétrole brut aux raffineries locales, pour leur garantir un prix d’approvisionnement stable.
  • Un mécanisme de « lissage des prix », destiné à éviter que chaque variation du pétrole ou du naira se répercute aussitôt à la pompe.

Le ministre a aussi rappelé que l’État avait déjà renoncé à des taxes et droits sur l’essence, pour plus de 3 300 milliards de nairas sur l’année s’achevant le 30 septembre 2026.

« Pas une subvention » : une nuance importante

Le mot est sensible. La suppression de la subvention en 2023 a déjà fait doubler, voire tripler, le prix de l’essence en quelques mois, et plongé de nombreux foyers dans la difficulté. L’ancien système coûtait très cher à l’État et profitait, selon le gouvernement, à une minorité. Pour Abuja, il est donc hors de question de revenir en arrière, d’où l’insistance du ministre : aucune des dix mesures ne rétablit une subvention générale.

L’opposition ne l’entend pas toujours ainsi. Atiku Abubakar, candidat de la coalition ADC à la présidentielle, propose une subvention « ciblée » : une aide plafonnée et budgétisée, liée au carburant raffiné au Nigeria. Le sujet est donc entré dans la campagne.

Un calendrier qui interroge

Le gouvernement ne présente pas ces mesures comme électorales, mais leur date ne passe pas inaperçue. Reuters note que la hausse des prix relance la pression sur le coût de la vie pour le gouvernement de Bola Tinubu, à quelques mois du scrutin. Une remise de trente jours soulage, mais elle laisse ouverte la question de l’après : que se passera-t-il quand elle prendra fin, en pleine campagne ?

À retenir

  • Le prix de l’essence a grimpé d’environ 830 à 1 400 nairas le litre avec la hausse mondiale du pétrole.
  • Le gouvernement annonce dix mesures, dont 30 jours de remise dans les stations NNPC, mais l’ampleur de la baisse n’est pas encore connue.
  • Le plafond de 1 350 nairas est en négociation et concerne le coût de livraison, pas le prix final.
  • La question de la subvention est devenue un sujet de campagne.

Au-delà du chiffre, l’enjeu est de savoir si le Nigeria peut protéger son pouvoir d’achat sans payer le prix budgétaire de l’ancienne subvention. Les prochaines semaines diront si ces mesures calment les stations-service, ou si elles ne font que gagner du temps avant le vote.

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