En Guinée-Bissau, la date du 6 décembre 2026, qui devait ramener le pays vers un pouvoir civil, semble de plus en plus compromise. Jeudi 8 octobre, le Premier ministre de la transition, Ilídio Vieira Té, a affirmé que les conditions n’étaient pas réunies pour organiser les élections présidentielle et législatives à cette date. La Commission nationale des élections (CNE) a reconnu de son côté qu’il n’était pas techniquement possible de tenir le double scrutin. Aucun report officiel n’a toutefois été proclamé, et aucune nouvelle date n’a été donnée.
Un pays sous régime militaire depuis un an
Pour comprendre, il faut revenir à novembre 2025. Les Bissau-Guinéens avaient voté le 23 novembre pour la présidentielle et les législatives. Trois jours plus tard, le 26 novembre, des militaires ont pris le pouvoir et renversé le président Umaro Sissoco Embaló, alors que les résultats n’avaient pas encore été proclamés. Le général Horta N’Tam, ou Inta-a selon les graphies, a pris la tête de la transition.
La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a exigé une transition courte et inclusive, la libération des prisonniers politiques et des élections crédibles. Le 21 janvier 2026, un décret a fixé les nouvelles élections au 6 décembre 2026. Le texte précisait que le chef de la junte ne serait pas candidat.
Pourquoi le calendrier craque
Selon le Premier ministre, les délais prévus par la loi n’ont pas été respectés. Il a notamment cité le dépôt des candidatures auprès de la Cour suprême. À ses yeux, organiser le vote dans ces conditions risquerait de provoquer des contestations après le scrutin. La vice-présidente de la CNE a confirmé l’impossibilité technique, tout en précisant que l’annonce d’un report revient au président de la transition.
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Cette déclaration surprend d’autant plus que, vers le 25 septembre, le même Premier ministre promettait à la tribune des Nations unies des élections libres, transparentes et crédibles à la date prévue. Pour de nombreux observateurs, le report est donc déjà de fait acquis, même s’il n’est pas encore officiel.
Deux figures au cœur de la crise
Le débat politique tourne autour de deux hommes.
Umaro Sissoco Embaló, l’ancien président renversé, a annoncé son intention de rentrer au pays dimanche 11 octobre pour participer aux élections. La junte lui avait déjà interdit de revenir le dimanche précédent, en invoquant des conditions de sécurité insuffisantes. Son retour annoncé promet donc un nouveau bras de fer.
Domingos Simões Pereira, chef du parti historique PAIGC et principal opposant, est en détention provisoire depuis le 10 juillet. Il est accusé d’avoir participé à deux tentatives de coup d’État, en 2023 et en 2025, des faits qu’il conteste. Sa défense soutient qu’un tribunal militaire n’a pas à juger un civil et dénonce une persécution politique. Sa famille s’inquiète de ses conditions de détention. Déjà écarté de la présidentielle de 2025 par la Cour suprême, il avait été emprisonné après le coup d’État puis assigné à résidence.
Une nouvelle Constitution entre-temps
La transition a aussi modifié les règles du jeu. Un référendum constitutionnel organisé le 30 août 2026 a instauré, selon la presse régionale, un régime présidentiel fort. Si ce changement est validé par les urnes, il redéfinit les pouvoirs de la prochaine présidence, et donc l’enjeu du scrutin à venir.

Un pays habitué aux coups d’État
La Guinée-Bissau n’en est pas à sa première crise. Depuis son indépendance, le pays a connu quatre coups d’État réussis et de nombreuses tentatives, ainsi qu’une succession de gouvernements. Les transitions militaires qui s’éternisent ne sont pas propres à ce pays : plusieurs États de la région en ont fait l’expérience ces dernières années. Pour les partenaires internationaux, le risque est que la promesse d’un retour rapide à l’ordre constitutionnel perde sa crédibilité.
Ce qu’il faut surveiller
- L’annonce du général N’Tam. C’est lui qui doit trancher : maintien du 6 décembre, très improbable, ou report avec un nouveau calendrier.
- Le retour d’Embaló le 11 octobre. Sera-t-il autorisé à entrer, empêché, ou arrêté ?
- Le sort de Domingos Simões Pereira. Sa libération ou son procès pèsera sur la crédibilité du scrutin.
- La réaction de la CEDEAO et des partenaires internationaux, déjà attentifs à la durée de la transition.
À retenir
- Le Premier ministre de transition estime impossible de voter le 6 décembre, et la CNE confirme l’impossibilité technique.
- Le report n’est pas encore officiel et aucune date de remplacement n’est connue.
- L’ancien président Embaló veut rentrer, alors que l’opposant Simões Pereira est détenu.
- Une nouvelle Constitution à régime présidentiel fort a été adoptée par référendum le 30 août.
Au fond, la question dépasse la simple logistique d’un vote. Elle porte sur la volonté réelle des autorités militaires de rendre le pouvoir, et sur la capacité de la région à les y pousser. La suite dépendra des annonces des prochains jours, que la population bissau-guinéenne attend avec autant d’impatience que d’inquiétude.


