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Afrique : le Ghana veut rejoindre les BRICS, voici ses motivations

Le Ghana s’apprête à frapper à la porte des BRICS. Le mardi 6 octobre 2026, à Accra, le ministre des Affaires étrangères, Samuel Okudzeto Ablakwa, a annoncé que le gouvernement du président John Dramani Mahama avait décidé de déposer une candidature officielle pour intégrer ce groupe de grandes économies émergentes. L’annonce a été faite en présence de son homologue indien, Subrahmanyam Jaishankar, en visite dans la capitale ghanéenne. Mais le chemin reste long : aucune date de dépôt n’a été communiquée, et le pays n’a pas encore précisé s’il vise le statut de membre à part entière.

Que sont les BRICS, au juste ?

Le sigle désignait à l’origine cinq pays : le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud. Le groupe s’est ensuite élargi à l’Égypte, à l’Éthiopie, aux Émirats arabes unis, à l’Iran, à l’Indonésie et, selon les sources, à l’Arabie saoudite, dont le statut reste flou. Ensemble, ces pays pèsent lourd dans la population et le commerce mondiaux. Ils cherchent à faire entendre la voix de ce qu’on appelle le « Sud global », c’est-à-dire les pays en développement et émergents, face aux puissances occidentales.

Les raisons avancées par Accra

Le message du gouvernement tient en un mot : diversifier. Selon le ministre Ablakwa, rejoindre les BRICS donnerait au Ghana davantage d’options économiques, élargirait ses partenariats et renforcerait la coopération entre pays du Sud.

Plusieurs arguments ressortent des déclarations officielles :

  • Le commerce avec l’Inde explose. D’après le ministre, les échanges entre les deux pays ont plus que doublé, passant d’environ 3 milliards de dollars en 2024 à près de 7 milliards aujourd’hui. Pendant la visite de Jaishankar, Accra et New Delhi ont signé deux accords de coopération, l’un sur l’agriculture, l’autre sur la science et la technologie, et évoqué des projets dans les chemins de fer, la pharmacie, le numérique et la défense.
  • Industrialisation et emplois. Le gouvernement présente l’adhésion comme un levier pour transformer l’économie, créer des emplois et développer l’industrie locale.
  • Une vision du monde « multipolaire ». La démarche s’inscrit dans la politique étrangère du président Mahama, qui souhaite ne plus dépendre d’un petit nombre de partenaires.
  • Le souvenir de la crise de la dette. Le ministre a rappelé que la banque africaine Afreximbank avait apporté environ 700 millions de dollars de soutien au Ghana lors de sa crise financière de 2023-2024. Pour Accra, cet exemple montre l’intérêt d’avoir plusieurs sources de financement.
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Le gouvernement insiste aussi sur un point : il ne s’agit pas de tourner le dos aux partenaires traditionnels, comme le Fonds monétaire international (FMI) ou la Banque mondiale, dont le pays reste membre. Le Ghana a d’ailleurs un programme avec le FMI depuis 2023.

Des obstacles bien réels

Annoncer une candidature ne suffit pas. L’entrée dans les BRICS suppose l’accord de l’ensemble des membres, et le ministre indien l’a rappelé : son pays soutient les aspirations du Ghana, mais la décision sera collective.

Les précédents invitent à la prudence. L’Afrique du Sud est membre depuis 2011, l’Égypte et l’Éthiopie ont rejoint le groupe en 2024. Le Nigeria, pourtant le pays le plus peuplé du continent, et l’Ouganda ont obtenu en 2025 le statut de « pays partenaire », une sorte d’antichambre qui n’offre pas les mêmes droits qu’une adhésion complète. Des analystes doutent donc que le Ghana obtienne davantage.

Il y a aussi le facteur américain. Le président Donald Trump a menacé de droits de douane supplémentaires les pays jugés alignés sur des politiques hostiles aux États-Unis. Or les États-Unis restent un partenaire commercial important pour le Ghana, et le pays dépend de dispositifs comme l’AGOA, qui permet à de nombreux produits africains d’entrer sans droits de douane sur le marché américain, dont le renouvellement reste incertain.

Un débat dans le pays

L’annonce suscite des réactions partagées au Ghana. Certains y voient une chance d’ouvrir de nouveaux marchés. D’autres rappellent que les vrais défis sont internes, comme la solidité des institutions, la gestion de la dette et la lutte contre la corruption, et qu’une adhésion ne les résoudra pas à elle seule. Le pays sort à peine d’une crise de la dette, ce qui pousse beaucoup d’observateurs à se demander ce que l’adhésion apporterait concrètement : des financements, des marchés ou surtout du poids diplomatique ?

Ce qu’il faut retenir

Le Ghana mise sur un jeu d’équilibre : élargir ses amitiés sans froisser ses alliés historiques. Pour le moment, c’est une intention affichée, pas une adhésion. Les prochaines étapes à surveiller sont le dépôt officiel du dossier, la catégorie visée (membre ou partenaire), la réaction des pays du groupe et celle de Washington.

Au-delà du cas ghanéen, cette annonce illustre une tendance de fond : de plus en plus de pays africains cherchent à multiplier leurs partenaires plutôt qu’à choisir un camp. Reste à savoir si cette stratégie leur apportera davantage d’indépendance ou seulement de nouvelles dépendances.

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