Depuis le 30 septembre, les automobilistes du Grand Libreville passent des heures devant les stations. Dans un pays qui produit du pétrole, la scène surprend autant qu’elle épuise.
Des stations prises d’assaut
Le manque concerne surtout le gasoil. Depuis le 30 septembre, des files de véhicules s’allongent devant les stations de la capitale. Certaines stations sont à sec. D’autres limitent les ventes. Dans plusieurs points de distribution, un client ne peut parfois pas dépasser 5 000 francs CFA de carburant.
Les scènes sont tendues. Après de longues heures d’attente, des bousculades ont éclaté dans certaines stations. Des conducteurs ont obtenu quelques litres. D’autres sont repartis sans rien. Beaucoup multiplient les détours pour trouver une pompe encore approvisionnée.
Les taxis, les bus, les camions et les véhicules professionnels sont les premiers touchés. Mais la crise va plus loin. Le transport scolaire, les livraisons et les trajets vers le travail sont perturbés. Pour un chauffeur ou un transporteur, une heure passée dans la file est une heure sans revenu.
Le gasoil n’alimente pas seulement les véhicules. Il fait aussi tourner des groupes électrogènes et des machines dans les entreprises. Quand il manque, c’est toute une chaîne d’activités qui ralentit, des marchés aux chantiers. Une société de livraison qui perd la moitié d’une journée dans une file doit ensuite rattraper ses clients, et ce retard finit souvent par se répercuter sur les prix.
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Pourquoi un pays pétrolier manque de gasoil
Le paradoxe frappe tout le monde. Selon une enquête de Reuters publiée le 10 septembre, le Gabon a extrait environ 220 000 barils de pétrole brut par jour en août 2026. C’est le même niveau qu’en juillet. Le pays n’est donc pas à court de pétrole.
Le problème se trouve plus bas dans la chaîne. Le pétrole brut ne fait pas rouler les voitures. Il doit être transformé en carburant, ou bien le carburant doit être importé. Ensuite, il faut le stocker, puis le livrer aux stations. Si un seul maillon casse ou prend du retard, les pompes se vident.
C’est ce qu’il faut retenir de cette crise. La richesse en pétrole ne garantit pas du carburant à la pompe. Elle donne des ressources, mais la vie quotidienne dépend de la logistique, autrement dit des bateaux, des dépôts, des camions de transport et des stations. Un pays peut avoir beaucoup de brut et manquer de gasoil si cette chaîne n’est pas solide à chaque étape.
Dans le cas présent, les autorités ont demandé que les réserves de la SGEPP, la société chargée du stockage des produits pétroliers, soient mises à la disposition des distributeurs. Un rationnement temporaire a aussi été instauré. L’objectif est de tenir jusqu’à l’arrivée d’un navire d’importation. Un communiqué relayé le 3 octobre parle d’une tension temporaire, concentrée sur certaines stations du Grand Libreville. Il ne parle ni d’un arrêt général de la distribution ni d’une pénurie nationale durable.
Le Gabon n’est pas seul dans ce cas. Selon Afrimag, plusieurs pays pétroliers africains partagent la même faiblesse en aval du secteur, comme le Nigeria, l’Angola ou la Guinée équatoriale. Libreville avait déjà connu, en début d’année 2026, un manque combiné de Super et de gaz butane.
Un navire arrivé, mais des files qui restent

Un navire transportant du carburant importé est arrivé dans la nuit de samedi à dimanche. Les livraisons ont repris dans certaines stations. Mais les files n’ont pas disparu pour autant. Un reportage du 4 octobre décrit des conducteurs présents dès le petit matin devant les pompes approvisionnées. D’autres stations restent fermées.
Ce décalage est normal, même s’il est pénible. Un bateau qui accoste ne remplit pas toutes les stations en quelques heures. Le carburant doit être déchargé, stocké, puis transporté jusqu’aux pompes. Pendant ce temps, la peur de manquer pousse beaucoup de gens à faire le plein dès qu’ils le peuvent. Cette ruée prolonge les files et vide les stocks plus vite.
Pour les habitants, quelques réflexes simples peuvent aider. Évitez de faire des réserves dans des bidons qui ne sont pas faits pour cela, car le risque d’incendie est réel. Prévoyez vos déplacements et regroupez vos trajets. Suivez les communiqués officiels pour savoir quelles stations sont livrées.
Pour les entreprises, la leçon est plus large. Selon l’analyse du média 7 jours info, la vraie question n’est pas seulement de savoir quand les stations seront de nouveau livrées. Il faut aussi se demander si le système d’approvisionnement peut garantir la continuité des activités. À Libreville, le gasoil fait rouler les camions, les bus et une partie de l’économie urbaine.
Dans les prochains jours, les files devraient reculer si les livraisons continuent. Mais cet épisode laisse une question ouverte. Un pays qui extrait 220 000 barils par jour doit aussi savoir remplir ses pompes. La réponse se jouera dans les stocks, les importations et la distribution, bien plus que sur les puits.


